J e a n   R a n g e r / m i n d r o o t s   &   B i l l   S u l l i v a n / L. O. R.
(Canada)
The fabric of reality, 2000

 

L'image panoramique à la base de l'oeuvre The Fabric of Reality crée un environnement que le visiteur parcourt horizontalement, dans un sens ou dans l'autre, en faisant se déplacer les coordonnées comme s'il s'agissait d'une carte, d'une transposition du réel. Or, les effets de transparence et la superposition de motifs viennent briser la continuité de la surface et de la représentation, minant la lecture bilatérale. La trame s'épaissit, s'approfondit, comme si le regard pouvait pénétrer, s'insinuer derrière le voile et accéder ainsi à d'autres couches du réel qui y seraient enfouies. C'est pourquoi ce ruban visuel découpé dans le réel peut être comparé à une étoffe (fabric) qui serait mise là devant les yeux, comme pour faire voir et brouiller la vue tout à la fois, comme une bande de tissu qui se déroule, une surface qui n'est pas simplement lisse, mais entrelacée, enchevêtrée. Or, cette étoffe est déjà une réalité en soi, mais fait aussi présager une transformation, comme le tissu qui sert à confectionner autre chose. De plus, l'idée du tissu n'est pas sans rappeler la métaphore qui veut que le cyberespace puisse être comparé à une toile (web).

La suite de tableaux qui compose l'oeuvre, ponctuée de motifs, comme autant d'arrêts dans l'image, est en fait une construction (selon l'autre signification de fabric), un collage constitué de points sensibles, d'événements à découvrir. C'est ainsi que la succession, l'ordre des choses connaît des ruptures, que le visiteur, dans sa quête, passe d'un niveau de réalité à d'autres. Cet environnement, tantôt rural, tantôt urbain, se révèle habité par des présences invisibles, cadavres, silhouettes, ombres, un autre monde que la radiographie du visible opérée par l'oeuvre expose au fil du parcours.

Là où il ne s'y attend pas, le visiteur devient le témoin de l'invisible et de la mort coulissant dans la trame du réel. L'inerte s'anime, derrière les portes closes se cache un théâtre d'ombres où l'individu se métamorphose, les instruments captent et détectent ondes, courants, vibrations, fréquences et signaux dans l'univers de l'imperceptible. The Fabric of Reality amène ainsi à réfléchir sur l'existence de phénomènes, présents et actifs bien qu'invisibles auxquels est associée la mort, émettant ainsi l'hypothèse qu'elle se range du même côté que ceux-ci.

S.P.

bio des artistes

 

 

The panoramic image that is the basis of The Fabric of Reality creates an environment that the visitor travels through horizontally, right or left, by moving the orientation points as in a map, in a transposition of reality. Overlapping transparent motifs break the continuous flow of the surface and the image, undermining a simple bilateral reading. The content thickens and deepens as if our power of vision could penetrate, could insinuate itself behind a veil and gain access to other layers of reality buried underneath. This visual band can be compared to a strip of fabric, placed before us to show us something and to blur our vision at the same time, like a bolt of cloth unrolling it has a smooth surface, but at the same time, it is composed of combined, interlaced elements. The panoramic band is a reality in itself; however, it also implies a transformation like fabric, which is used to create something new. Moreover, the concept of (woven) fabric evokes the metaphor of cyberspace as a network of regularly interconnected threads (Web).

The sequence of scenes that make up the work, punctuated by objects that are stopping-places in the image, is actually a construction (fabric deriving from the Latin fabricare, to make, or construct), a collage of sensitive spots, of events to be discovered. Each of these points constitutes a rupture in the order of things, and allows the visitor to set off on a search, passing from one level of reality to another. The environment, both rural and urban, is revealed to be inhabited by invisible presences: human remains, silhouettes and shadows another world, exposed by the X-ray of the visible that is carried out by the work as we explore it.

We unexpectedly become witnesses of the unseen, and of death that runs through the unfolding image of reality. The inert becomes animated: behind closed doors is a shadow-theatre in which figures undergo metamorphosis; instruments capture waves, currents, vibrations, frequencies and signals from the world of the imperceptible. The Fabric of Reality leads to a reflection on the existence of phenomena associated with death, which, although invisible, are yet present and active, and to surmise that death is ranged on the same side as they are.

S.P.

artists' bios