O l i a   L i a l i n a
(Russie / Russia)
Will-n-testament, 1998-2000

 

Dans Will-n-testament, Olia Lialina joue sa propre mort en publiant en ligne ses dernières volontés concernant les oeuvres qu'elle a conçues pour le Web et qu'elle veut léguer à sa famille et à ses amis comme ses biens les plus précieux. La mort simulée confère un air grave au projet, et l'aspect officiel du testament contribue à investir de toute son importance cet héritage inusité. Comme l'affirmait Rachel Greene: «Framed by the language of property, debt, and transaction, "Will-n-testament" suggests that Internet art objects are not just prized and dear possessions, but that they have market value. [1]» Or, il faut savoir qu'Olia Lialina est une artiste engagée dans la reconnaissance de l'art Web, qu'elle est l'initiatrice de Teleportacia, la première galerie de net.art, et qu'elle a manifesté à maintes reprises son parti pris pour la valeur de cet art.

En ce sens, le testament fonctionne aussi comme l'expression d'un véu, selon l'autre signification du mot «will», que l'artiste entend réaliser en précipitant artificiellement le moment final de sa concrétisation, pour voir cette reconnaissance s'accomplir dans un futur immédiat. Faut-il mourir, ne serait-ce que virtuellement, pour voir sa pratique reconnue? Comme si les oeuvres acquéraient une valeur après la mort de leur auteur à ainsi que le veulent les tristes histoires romantiques des grands artistes qui n'ont pas connu la gloire de leur vivant, Lialina démontre encore une fois un goût pour le tragique et l'humour noir, en ayant recours cette fois-ci à ce moyen radical pour affirmer l'importance de l'art Web à toute consciente qu'elle est de la valeur de son propre travail[2]...

C'est bien la mort qui rend manifeste, avec certitude et violence, l'individualité irremplaçable de chacun. Ainsi, le testament de Lialina est également l'occasion de jeter un regard rétrospectif sur elle et par elle-même, sorte d'autobiographie dans laquelle chaque oeuvre représente un moment de son histoire. Prenant la forme d'une compilation, d'archives, Will-n-testament donne l'impression au lecteur de connaître la vie d'Olia Lialina sur le Web de fond en comble, «de a à z», grâce aux possibilités d'accumulation et de structuration du cyberespace.

Il est commun de dire que l'art est immortel et que l'artiste se perpétue dans ses réalisations matérielles et intellectuelles, qu'il/elle survit dans et par ses oeuvres. Will-n-testament mise certainement sur ces affirmations. Or, dans un testament, l'acte de dépossession donne lieu à une activité de jumelage entre les objets de valeur et les individus, parents et amis, à qui ils sont destinés, si bien que l'identité de l'individu ne se définit qu'en rapport avec celle des autres, l'histoire de l'un devenant aussi l'histoire des autres. C'est en effet ce que l'oeuvre met en évidence, à savoir que cette survie s'accomplit dans et avec les autres, d'autant plus que le médium mise sur la connectivité et la formation de communautés d'intérêts, c'est-à-dire l'absolue nécessité de l'autre. Will-n-testament propose ainsi que le Web constitue un territoire où les destins s'unissent.

S.P.

[1] Rachel Greene, Some of My Favourite Web Sites Are Art
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[2] «Malgré toutes les conventions qu'il subit, le testateur exprime (...) la conscience de soi, la responsabilité de sa destinée, le droit et le devoir de disposer de soi, de son âme, de son corps, de ses biens, l'importance données aux volontés dernières.», Philippe Ariès, L'homme devant la mort, Paris, Seuil, p. 199.[retour]

bio de l'artiste

 

 

In Will-n-testament, Olia Lialina feigns her own death by publishing her last wishes on-line, designating her Web artworks as her most precious possessions and willing them to family members and friends. This simulated death gives the work a serious tone, and the official aspect of the will lends importance to this unusual legacy. As Rachel Greene writes, "framed by the language of property, debt, and transaction, Will-n-testament suggests that Internet art objects are not just prized and dear possessions, but that they have market value."[1] Olia Lialina is already known, by many, for her commitment to the recognition of Web art: she is the founder of Teleportacia, the first net.art gallery, and has seized various opportunities to promote the value of this art form.

In this sense, the work functions as the expression of Olia Lialina's wish, will, and intent to have this recognition come about in the immediate future, by artificially precipitating the moment of the will's execution. But is it necessary to die, if only virtually, to gain recognition for one's practice? By this reference to works gaining in value posthumously (evoking the romantic, but all-too-frequent instances of great artists who never knew glory during their lives), Olia Lialina again reveals her predilection for tragedy and black humour this time using this radical means to affirm the importance of Web art, with a full consciousness of the value of her own work[2]...

More than anything else, and with cruel certainty, death brings out our irreplaceable individuality. Thus, Olia Lialina's will and testament is also an opportunity for her to take a retrospective glance at herself; it is a kind of autobiography in which each work represents a moment of her creative development. In the form of a compilation, Will-n-testament gives the visitor the impression of knowing the artist's life on the Web thoroughly, from "a to z," thanks to the Web's accumulating and structuring capacities.

It is said that art is immortal and that artists are perpetuated by their material and intellectual production, surviving in and through their works; certainly, this idea underlies Will-n-testament. In a will, the act of dispossession leads to a pairing activity between the objects of value and the people to whom they are destined, so that each individual's identity is defined in relation to the identities of the others the story of one becomes the story of the others as well. This is precisely what the work conveys: that continuity of the self, is achieved by means of and together with others...especially in Internet art, because the medium relies on connectivity and on the formation of common interest groups therefore, on the absolute necessity of the other. In this sense, Will-n-testament affirms that the Web is a territory where destinies converge.

S.P.

[1] Rachel Greene, Some of My Favourite Web Sites Are Art
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[2] «In spite of all the conventions that bind him, the testator expresses (...) consciousness of his being, responsability for his destiny, his right and duty to dispose of himself, of his soul, his body, his possessions, the importance given to his last wishes.», Philippe Ariès, L'homme devant la mort, Paris, Seuil, p. 199.[return]

artist's bio