J o s e p h   L e f è v r e   &   M a r t i n e   K o u t n o u y a n
(Canada)
L initiation, 2000

 

L'initiation entraîne le visiteur dans des zones spatiotemporelles distantes, à effectuer une vaste traversée qui le mène à explorer les rapports entre l'individu et le sacré. Le voyage s'apparente à la visite d'un musée d'anthropologie, un parcours visant la contemplation et le savoir, prenant appui sur les possibilités d accumulation et de catégorisation de l environnement numérique. À partir d'un ensemble de symboles très répandus dans les sociétés archaïques, l'oeuvre offre des points d'appui permettant de sonder les mystères concernant la vie et la mort, de s'associer à un mode de connaissance intuitive et profonde des choses partagé par de nombreux groupes humains dans l'histoire et en divers points du globe. «C'est grâce aux symboles que l'homme sort de sa situation particulière et s'«ouvre» vers le général et l'universel. Les symboles éveillent l'expérience individuelle et la transmuent en acte spirituel, en saisie métaphysique du Monde.[1]»

S'il est vrai que «L'homme moderne a désacralisé son monde et a assumé une existence profane[2]», le sacré revient le hanter sous d'autres formes, et parmi celles-ci, les activités de création, de symbolisation, l'engagent dans l'accomplissement de cette quête du sacré. Sur les rapports ambivalents entre lart et le sacré dans l art récent, Edmond Couchot affirmait qu'il y aurait «dans cette quête équivoque du sacré-d'un simulacre de sacré - la réponse à la perte de certaines qualités, dont le caractère d'unicité, entraînée par l'automatisation des processus de figuration[3]» et que «l'une de ces formes est la présence de l'artiste, de sa personne, qui tend à se confondre avec l'oeuvre et cherche à lui conférer son unicité d'individu affirmée, de sujet-JE.[4]» S'il est vrai que les auteurs de L'initiation n'hésitent pas à s'identifier à la figure du chaman, celui du guide, ils exprment clairement le transfert du JE, une réappropriation souhaitée du parcours initiatique à l aide de dispositifs interactifs. Dans cette oeuvre, le spectateur s'implique graduellement, et à sa guise, dans un processus qui rappelle une initiation, c'est-à-dire le passage à une vie nouvelle, parce qu'il est appelé à renouer avec le sacré, par la mise en contact avec ces symboles et à approfondir leur signification selon un trajet personnalisé.

S.P.

[1] Mircea Eliade, Le sacré et le profane, Paris, Gallimard, 1957, p. 178.[retour]
[2] Idem, p. 19.[retour]
[3] Edmond Couchot, La technologie dans l'art, Paris, Ed. Jacqueline Chambon, 1998, p. 121.[retour]
[4] idem, p. 122.[retour]

bio des artistes

 

 

In L'initiation, the visitor is taken across vast spatio-temporal distances to explore the relationship between the individual and the sacred. The voyage resembles a visit to an anthropological museum, a tour of contemplation and knowledge that utilizes the possibilities of accumulation and categorization offered by the digital environment. A set of archaic symbols is the starting point for us to probe the mysteries of life and death, to participate in a deep, intuitive mode of knowledge shared by many human groups throughout history and in diverse parts of the world. "Through symbols, man emerges from his particular situation and 'opens' himself to the general and the universal. Symbols bring awareness to individual experience and transmute it into a spiritual act, in a metaphysical apprehension of the World."[1]»

If it is true that "modern man has desecrated the world and adopted a profane existence, "[2] the sacred has returned to haunt us in other forms, and among these, the activities of artistic creation, of symbolization, engage us in carrying out the quest for the sacred. On the ambivalent relationship between art and the sacred in recent times, Edmond Couchot affirms that "in the equivocal search for the sacred rather, of a simulacrum of the sacred one notes the response to the loss of certain qualities, including the quality of uniqueness, caused by the automatization of the representation process,"[3] and that "one of these forms is the presence of the artist, of his or her person, which tends to get mixed up with the work and seeks to imbue it with the uniqueness of the affirmed self, the I-subject."[4]And if it is also true that the creators of L'initiation do not hesitate to identify themselves with the figure of the shaman, the guide to the sacred, they clearly express the transference of the I, a desired reappropriation of the initiatory process with the aid of interactive applications. In this work, we become involved gradually, as deeply as we wish, in a process that resembles an initiation, a passage to a new life: we are called upon to renew our relationship with the sacred through contact with these symbols and to glean their meanings in a personalized trajectory.

S.P.

[1] Mircea Eliade, Le sacré et le profane, Paris, Gallimard, 1957, p. 178.[return]
[2] Idem, p. 19.[return]
[3] Edmond Couchot, La technologie dans l'art, Paris, Ed. Jacqueline Chambon, 1998, p. 121.[return]
[4] idem, p. 122.[return]

artists' bios