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Volet ARCHITECTURE : Présentation

Exposition
Maisons-lieux / Houses-Places
Commissaire
Georges Adamczyk
Directeur de lÉcole d architecture, Université de Montréal

MAISONS-LIEUX
HOUSES-PLACES

Ayant sombré dans le jeu proliférant des "ismes", écartée par la question sociale qui favorisera plutôt la recherche de nouvelles typologies pour les logements collectifs et l'urbanisme, après la marche héroïque de la modernité, la maison était redevenue un sujet mineur pour les architectes. Réfugiée dans le luxe, voire dans l'ostentation de sa clientèle nantie, ou rejoignant le monde des rêves des moins fortunés sous forme d'annonces et de publicité, elle avait fini par se dissoudre en tant qu'objet de consommation quotidienne dans la banalité des modèles et des séries. La production de masse de pavillons, de bungalows ou de ranchs, ersatz des maisons de campagne ou des villas antiques, s'est imposée comme un pseudo-paysage sans fin dans nos banlieues. Cependant, périodiquement, la maison réapparaît dans l'histoire de l'expérimentation architecturale.

Au cours de la dernière décennie, la maison à nouveau devenue un thème majeur de la recherche et de la création en architecture. Les belles méditations de l'architecte John Hejduk, ses projets, ses dessins et ses poèmes qu'il dédie à la maison, pris ensemble, sont une oeuvre unique qui évoque la tragédie de la vie. En art, ce thème se présente comme un questionnement où le sujet se confond avec le corps bâti et le lieu, tous deux conçus comme un artefact à notre image. La revue Exposé lui consacra tout son numéro 3 publié en 1997. Ce sont trente-six projets de maisons qui furent présentés à Arc-en-Rêve à Bordeaux, à la suite d'un appel d'idées aux jeunes architectes dans cette même année 1997. L'exposition récente au Musée d'art moderne de New York intitulée The un-private house, quant à elle, ouvre une nouvelle direction qui semble réintégrer les spéculations antérieures de Häring, Keisler et Nelson auxquelles aujourd'hui la technologie des matériaux et celle de l'information permettent d'apporter une réponse construite et habitable. Sans aucun doute, deux maisons auront marqué cette période: la Villa Dall'Ava et la maison à Floirac, toutes deux conçues par OMA/Rem Koolhaas. Il semble qu'ici, l'"expérimentalisme", qui fut accusé de prendre le large vers l'utopie ou de se replier sur la fonction, ait renoué avec le sublime et réinstitué la valeur d'art de l'acte architectural. La Biennale de Montréal 2000 est une occasion exceptionnelle de faire connaître et apprécier les créations canadiennes contemporaines dans ce domaine. Où en sommes-nous? Après la maison Papineau à l'ile Verte (1963) et celle de Barton Myers à Toronto (1970) qui, l'une dans le paysage et l'autre dans la ville, vont pousser à la limite la tension entre autonomie de la forme et contexte environnemental, ce sont les maisons de Dan Hanganu, des Patkau, de Brian MacKay-Lyons et de Jacques Rousseau qui établiront en quelque sorte le nouveau programme "expérimentaliste"; de l'architecture canadienne. Les maisons de la rue Corot à l'Ile-des-Soeurs de Dan Hanganu (1982), la maison Pyrch à Victoria des Patkau (1983), la maison Coloniale à Montréal de Jacques Rousseau (1986) et le Studio Rubadoux/Cameron à Rose Bay de Brian MacKay-Lyons (1989) formalisent une relation nouvelle entre le local, la construction et l'idéal de l'espace. Cet espace n'est pas réduit à l'utilité mais on en fait plutôt usage dans la conception pour que l'habiter soit un acte toujours renouvelé de l'installation dans un lieu.

Cet acte de colonisation comme geste inaugural est remarquablement démontré dans le plus modeste de ces projets, le Studio Rubadoux/Cameron. C'est un bâtiment hybride qui emprunte autant aux bâtiments usuels du monde rural qu'à ceux du monde maritime. Il est monté sur pilotis pour effleurer le sol, construit de telle manière que la maison soit dans le paysage et le paysage dans la maison. Tout y est donc réuni: le paysage, la construction, la typologie qui sont déterminés par le contexte géographique, social et économique. Mais ce contexte détermine moins la forme que le processus de transfiguration qui fera de ce paysage, de cette construction et de cet espace vivant un lieu familier et nouveau à la fois. S'agit-il de "régionalisme critique", de "romantisme"; ou de retour du "pittoresque"? Très clairement, les maisons conçues par les architectes canadiens ont des points similaires. Ainsi, ces archétypes élémentaires que sont le mur, la porte, la fenêtre, le toit, mais aussi la cheminée et le pont sont souvent présents, c'est-à-dire qu'ils sont matérialisés, qu'ils ont une présence réelle, mais ils sont revisités dans leur disposition et dans leur fonction. Il en est de même pour la topologie et la géométrie des lieux qui échappent à la norme du type pour être reconfigurées selon une approche de l'usage qui embrasse toujours la totalité de l'espace, réellement ou virtuellement, dedans et dehors à la fois. La construction est presque toujours réalisée par des éléments techniques connus, mais les assemblages sont redessinés, précisés et replacés pour se manifester comme expression première de l'installation. Le choix des matériaux relève de l'intention architecturale et non plus de la stricte raison technicienne. On pourrait dire que cette architecture a une existence et qu'ainsi elle se différencie d'une architecture sans lieu, sans corps et sans histoire.

C'est à ce dialogue multiple avec le paysage, avec la construction et avec l'espace typique de la maison que sont conviés les visiteurs de cette exposition qui rassemble une sélection limitée à 28 maisons et qui réunit des créateurs canadiens, de la Côte Pacifique aux Maritimes, de l'Ontario au Québec. On y retrouvera des réalisations des architectes suivants: A.J. Diamond, Donald Schmitt and Company, Affleck + De la Riva, Blue Sky, Bosses Design, Brian MacKay-Lyons, Gauthier Daoust Lestage, Ian MacDonald, Hal Ingberg et Mark Poddubiuk, Jacques Rousseau, Kuwabara Payne McKenna Blumberg, Marc-André Tellier, Natale et Scott, Patkau Architects, Peter Cardiew, Pierre Thibault, Shim-Sutcliffe ainsi que Saucier + Perrotte. L'exposition est conçue comme une exposition itinérante. Un triptyque visuel composé de photographies, de dessins et de textes explicatifs est consacré à chacune de ces maisons toutes construites entre 1988 et aujourd'hui.

A priori, ces architectes et leurs clients complices n'ont rien en commun sinon qu'ils habitent au nord du 49e Parallèle; mais, une fois rassemblées, leurs oeuvres singulières semblent s'éclairer mutuellement et nous faire partager une même vision où l'acte d'habiter n'aurait jamais été séparé de l'acte de bâtir. Ainsi, à mille lieux du cyberespace, l'esprit d'exploration et l'attitude "expérimentaliste"; des architectes canadiens peuvent encore trouver racine in situ, dans le creux d'une ruelle, sur un rocher à la limite de l'océan ou dans une simple clairière pour s'incarner dans une maison et fonder un paysage.

Cette exposition est coproduite par le Groupe Studio Cube et la Biennale de Montréal.

Georges Adamczyk

 

 

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