I g o r   S t r o m a j e r
(Slovénie / Slovenia)
b.ALT.ica, 1998

 

b.ALT.ica entraîne le visiteur dans un territoire imaginaire, l'incite à rencontrer la fin des temps, à se déplacer dans un lieu de non-retour. «b.ALT.ica is about a virtual state or country, on the other side. It is something about the line between the living and dead world,» dit l'artiste [1]. Au moyen d'une suite de métaphores rappelant les conceptions qui entourent les derniers instants de la vie ou les récits de morts temporaires [2], l'oeuvre établit une correspondance entre l'expérience du trépas - celle des derniers soubresauts, alors que l'agonisant revoit sa vie en condensé et en accéléré - et l'engagement dans le cyberespace.

Que reste-t-il de la vie lorsque l'individu l'a quittée, comme l'a fait son père, à qui l'oeuvre est dédiée? La symbolisation de la mort concerne avant tout la vie qui se retrouve, représentée dans la survie, atténuée ou magnifiée, dans toutes les conceptions de l'au-delà: «(...) c'est une autre vie, une vie numéro Deux, une vie ultérieure qui prend le relais de la première par delà le vide de la mort.[3]» À quoi cette vie supposée ressemblerait-elle après la mort? En quoi serait-elle pareille ou différente de la véritable vie, celle d'avant la fin du vécu?

Comment évoquer tout à la fois la vie et l'arrêt de la vie? L'environnement Web donne l'impression à l'individu qu'il continue de vivre dans le cyberespace, de se déplacer et d'effectuer des choix, qu'il y retrouve des morceaux de vie, tout en étant absent de la vie qui l'entoure, en s'arrachant à la continuité de la vie pour adopter une simili-vie. Dans b.ALT.ica, le visiteur se fait dire qu'il a rejoint la fin et «joue à la fin», sachant très bien que sa vie n'est pas en péril. Le parcours ressemble plutôt à une épreuve, à un test préparatoire.

Lorsque le visiteur atteint la limite, franchit la ligne d'arrivée, il fait l'expérience de la coupure et se voit proposé de feindre sa propre disparition. Après le clignotement, l'ordinateur va-t-il s'éteindre? Le passage de la lumière à l'obscurité, et vice versa (mais de quel côté est la lumière, au fait?) laisse place à une zone déserte, à l'intérieur de laquelle des sentiers dissimulés peuvent être empruntés. Chacune des icônes, telle une porte qui s'ouvre, accueille le visiteur dans un territoire correspondant à un aspect fondamental de la vie: que deviennent l'amour, le langage, l'individualité, la communication, la sexualité, la politique, l'art, lorsque l'existence est terminée? Une fois ces avenues empruntées, il n'y a nulle part où aller, le visiteur se trouve dans une impasse, dans un dead end. C'est ainsi qu'après sa promenade dans l'archipel de b.ALT.ica, le voyageur arrête son parcours, parce qu'il n'y a plus rien. Et c'est alors qu'il rencontre le néant, la vacuité insondable et inénarrable, le silence.

[1] Igor Stromajer interviewé par Josephine Bosma, dans nettime, http://www.nettime.org, 20 août 2000.[retour]
[2] Voir Raymond Moody, La vie après la vie, enquête à propos d'un phénomène: la survie de la conscience après la mort du corps, Laffont, 1977.[retour]
[3] Vladimir Jankélévitch, La mort, Paris, Flammarion, 1977, p.385.[retour]

bio de l'artiste

 

 

b.ALT.ica takes the visitor into an imaginary realm, offering the possibility of encountering the end of time, and to move about in a place of no return. In the artist's words, "b.ALT.ica is about a virtual state or country, on the other side. It is about the line between the living and the dead world."[1]. By means of a series of metaphors alluding to concepts of the last instants of life and accounts of near-death experiences,[2] the work establishes a correspondence between the passage from life to death (the "death rattle" when the dying person sees his life in flashback) and the entry into cyberspace.

The work, dedicated to the artist's recently-deceased father, queries what remains of life when an individual leaves it. The symbolization of death is mainly concerned with life that persists, represented as an afterlife, attenuated or magnified, in all the notions of the hereafter: "(...) it is another life, a Life No.2, an ulterior life that takes over from the first one beyond the void of death".[3] What does this supposed life after death look like, and how does it resemble or differ from real life, life before death?

How is it possible to convey life and the end of life simultaneously? In the environment of the Web, we feel that we continue to live in cyberspace, to move and make choices, that pieces of our lives can exist in it even if we are absent from the life that surrounds us, having torn ourselves away from the continuity of life to adopt a simulated life. In b.ALT.ica, we are told that we have arrived at the end and can "play the end," knowing full well that our lives are not in danger. The procedure is more of a test, a try-out run.

Reaching the limit and going past the finish-line, we experience a breaking-off and are given the opportunity to simulate our own disappearance. Does the flickering mean that the computer will shut down? The passage from light to darkness and vice-versa (but which side is the light actually on?) becomes an empty zone in which concealed paths can be taken. Like doors opening, icons lead into territories which correspond to fundamental aspects of life. What happens to love, language, individuality, communication, sexuality, politics, and art when earthly existence is over? Once these paths have been followed, however, there is nowhere else to go: each one leads to a dead end. Thus, after travelling through the archipelago of b.ALT.ica, we halt our journey because there is nothing left. Then we are faced with nothingness infinite, inexpressible emptyness and silence.

[1] Igor Stromajer interviewed by Josephine Bosma, in Nettime, 2 August 2000.[return]
[2] See Raymond Moody, La vie après la vie, enquête à propos d'un phénomène: la survie de la conscience après la mort du corps, Laffont, 1977.[return]
[3] Vladimir Jankélévitch, La mort, Paris, Flammarion, 1977, p.385.[return]

artist's bio